JUSTICE INTERNATIONALE : Gbagbo et Blé Goudé libres de tout mouvement, sauf en Côte d’Ivoire

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Les juges de la Cour pénale internationale ont élargi le 28 mai les conditions de la liberté accordée à l’ancien Président ivoirien Laurent Gbagbo et à son ex-ministre de la Jeunesse Charles Blé Goudé. Quoique libres de tout mouvement, le leader du Front populaire ivoirien (FPI) et son ministre restent condamnés par la justice ivoirienne à 20 ans d’emprisonnement, respectivement pour braquage à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et pour exactions dans la période post-électorale, pour Blé Goudé.

 

Cette décision compromet la chance des deux ex-prisonniers de retourner en Côte d’Ivoire, afin de prendre une part active à la présidentielle prévue en octobre prochain et pour laquelle leur principal opposant politique, l’actuel chef de l’Etat Alassane Dramane Ouattara, ne sera pas candidat. Laurent Gbagbo voulait célébrer ses 75 ans, le 31 mai dernier hors de Bruxelles la capitale politique belge où il était assigné après son acquittement par la Cour pénale internationale (CPI) en janvier 2019.
Ce n’est pas encore la liberté pleine et entière demandée par leurs avocats mais, désormais, ils devraient pouvoir retrouver leurs passeports, saisis lors de leur arrestation et très certainement périmés depuis, et ne seront plus soumis à l’interdiction de «se déplacer en dehors des limites de la municipalité dans laquelle ils résident dans l’Etat d’accueil».
Pour plusieurs partisans de l’ancien Président, les deux hommes constituent le «Chaînon manquant de la réconciliation». Laurent Gbagbo peut quitter la villa en Belgique dans laquelle il a emménagé avec sa compagne, Nady Bamba; Charles Blé Goudé, l’hôtel de La Haye aux Pays-Bas, où la Cour le prend en charge, mais leur réinstallation éventuelle ne pourra se faire que dans un pays signataire du Statut de Rome dont la Côte d’Ivoire est l’un des 123 Etats parties au traité et avec le concours du greffe de la CPI.
Depuis sa sortie de cellule en février 2019, Laurent Gbagbo n’a jamais fait part publiquement de ses intentions. Mais, alors que le premier tour de la prochaine présidentielle demeure fixé au 31 octobre 2020, ses plus fervents partisans continuent d’espérer une candidature qui, pensent-ils, lui permettra de reconquérir ce fauteuil qu’il avait dû céder le 11 avril 2011 sous les bombes de la rébellion ralliée à Alassane Ouattara, de l’armée française et des casques bleus des Nations unies.
Il est depuis plus d’un an courtisé par son ancien adversaire, l’ex-Président Henri Konan Bédié, avec lequel une entente politique a été conclue en vue d’un désistement, en cas de second tour, au profit du candidat du parti le mieux placé. L’ex-chef rebelle Guillaume Soro, qui fut pourtant l’un des artisans de sa chute, ne cesse de lui faire les yeux doux depuis qu’il est en rupture de ban avec l’actuel pouvoir ivoirien, qu’il a contribué à installer.
Les deux hommes demeurent interdits de se prononcer sur l’affaire toujours en cours et doivent se présenter devant la CPI lorsque celle-ci l’ordonne. D’ici la mi-juin, leurs juges doivent tenir une audience concernant la procédure d’appel déposée par la procureure Fatou Bensouda. Leur réponse pourrait intervenir avant les vacances judiciaires de l’été ou à la rentrée.
En Côte d’Ivoire, les deux hommes ont été tous deux condamnés par contumace à vingt ans de prison. Laurent Gbagbo en 2018 pour l’affaire dite du «braquage» de l’Agence nationale de la BCEAO, et Charles Blé Goudé en décembre 2019 pour des «actes de torture, homicides volontaires et viol», commis eux aussi durant la crise post-électorale.
Selon une source proche des autorités ivoiriennes, l’interdiction faite à MM. Gbagbo et Blé Goudé d’entrer en contact avec des témoins de la procureure pourrait également être utilisée pour empêcher leur retour.

Gaule D’AMBERT

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