Paul Marie Mpouélé, porte-parole de l'opposition congolaise : «Nous continuerons le combat pour l'alternance dans notre pays»

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Président du R.j.p (Rassemblement des jeunes patriotes) et porte-parole de l’opposition congolaise, Paul-Marie Mpouélé, qui fait partie des responsables de l’opposition ayant boycotté la concertation politique nationale d’Ewo, apprécie, dans l’interview ci-après, ce rendez-vous politique destiné à baliser la voie jusqu’aux législatives de juillet prochain. Pour lui, la rencontre d’Ewo n’était qu’une «supercherie». Il a réaffirmé le sens du combat qu’il mène dans le cadre du Front des partis de l’opposition congolaise, à savoir: l’alternance démocratique dans le pays.

* Monsieur le président, les partis du front se livrent une bataille rangée entre les anti et les pro Ewo, quel est votre avis sur la question?
** Mon avis est tout simple et il se base sur les conclusions d'Ewo. Le problème fondamental du processus électoral dans le pays, c'est la maîtrise du corps électoral. En 1992, pour avoir la maîtrise du corps électoral, les partis ont procédé à un recensement administratif spécial. A Ewo, les participants ont accepté la révision extraordinaire des listes électorales de 2009, les mêmes qui ont, plusieurs fois, été contestées par le Front. L'avancée, d'après ceux qui ont pris part à cette supercherie, c'est l'implication probable des membres de ces partis dans Ies commissions des révisions des listes électorales.
Or, vous savez que la matrice qui sert de base à la révision est fausse. En 2001, bon nombre de nos compatriotes n'ont pu être recensés, parce qu'ils se trouvaient dans les forêts, fuyant les bombardements et autres exactions des vainqueurs de la guerre du 5 juin 97. Comment reconnaitront-ils les doublants, les enfants de moins de 18 ans et les étrangers?
Si le problème se résume, simplement, à être membre d'une commission et bénéficier des indemnités, je pense que nous ne faisons pas honneur à notre peuple qui attend, plutôt, des élections transparentes. En 2008, par exemple, par arrêté n°8548/MATD-Cab, le ministre de l'administration du territoire et de la décentralisation avait ordonné une opération de révision des listes électorales, du 1er décembre 2008 au 15 janvier 2009, sur toute l'étendue du territoire national.
Un autre arrêté n°9795/MATD-Cab nommait les membres de ces commissions, le 11 décembre 2008. Or, les opérations avaient déjà débuté dans certains départements, comme la Cuvette, où le préfet qui, en réalité, n'a aucun pouvoir de nomination des membres desdites commissions, avait, déjà, pris une note de service, le 26 novembre 2008, nommant les membres des commissions de révision des listes électorales. Il est, clairement, établi qu'avant la date fixée par le ministre, toutes les opérations effectuées avant sont illégales. Mais, personne n'a constaté ces opérations au cours de la concertation d'Ewo, pour en montrer l'illégalité, donc, la nécessité d'organiser un recensement, en vue de maîtriser le corps électoral.
L'autre prétendue avancée est le découpage électoral. Or, les populations de Nkayi, Madingou, etc, ne demandent qu'à comprendre pourquoi Ollombo, avec ses 18.000 habitants, a deux circonscriptions électorales, tandis que ces localités plus peuplées n'en ont qu'une seule? Le gouvernement n'a fait que renforcer l'arbitraire, en ajoutant juste deux autres circonscriptions à Brazzaville, pour préserver sa majorité mécanique à l’assemblée nationale.
Quant au retrait des préfets et sous-préfet des commissions locales d’organisation des élections, pour être remplacés par des fonctionnaires, y compris de l’opposition,  je m’interroge quelle peut être leur capacité à résister aux injonctions du ministre qui peut les relever quand il veut. La seule avancée, c’est, peut-être, le fait que tout le monde aura son perdiem et ce, au détriment de la majorité de notre peuple qui croupit dans la misère.
* Que comptez-vous faire alors pour que le processus ainsi enclenché et soutenu par ceux-là même qui étaient avec vous, soit changé? Est-ce que vous ne vous êtes pas marginalisés, là?
** C'était l’objectif visé par la concertation d’Ewo: isoler les leaders qui empêchent le pouvoir de tourner en rond. C’est, à mon sens, le seul point d’accord des participants à la rencontre d’Ewo. Quelqu’un ou plutôt, un groupement nous empêche d’aller au bal des vautours: mettons-nous ensemble, pour l’isoler et qu’une supercherie soit organisée, puisqu'il n'y a eu aucune amélioration du système électoral dans le pays. On n'évitera donc pas des remous, lors des législatives de 2012.
Pour le reste, je n'entre pas dans la polémique. Le pouvoir voulait disloquer le Front, je crains qu'il n'ait réussi son coup. Mais, cela ne signifie pas que l'opposition n'existe plus. Nous continuerons le combat pour la liberté, la démocratie véritable et l'alternance dans notre pays, quoique cela nous en coûte.

* Votre mot de la fin, président!
** Je crois que les Congolais méritent une meilleure classe politique que celle que nous voyons, aujourd'hui, en pleine exhibition de haine, d'incompétence et de corruption. Je lance un appel aux jeunes de tous bords politiques pour comprendre que le pays va à vau-l'eau. De 1960 à nos jours, les acteurs politiques actuels (les mêmes hier) nous montrent leur plafonnement. Cessons donc d’avoir peur et, courageusement, bâtissons un Congo nouveau, fort et respectable. Mettons-nous du côté du peuple.
Propos recueillis par

Anatole BAZEBIDINGA