Le Front des partis de l’opposition congolaise a-t-il perdu la mémoire et la raison?

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Certains leaders des partis membres du F.p.o.c ayant boycotté la concertation pouvoir/opposition/société civile, organisée à Ewo, du 15 au 17 décembre 2011, par le gouvernement, n’arrêtent plus d’abreuver l’opinion, par voie de presse, de déclarations intempestives, allant jusqu’à accuser de trahison les partis ayant pris part à ce rendez-vous du dialogue politique. Premier vice-président du P.a.d, parti membre fondateur du F.p.o.c, nous nous faisons le devoir, au nom de notre direction politique nationale, de faire la mise au point ci-après, afin d’éclairer l’opinion nationale et internationale sur la confusion délibérément entretenue par nos partenaires à la mémoire courte et sélective. Car, le combat politique dans l’amnésie et l’absence de mémoire est voué à l’échec, s’il n’intègre pas, dans les choix politiques et stratégiques des leaders, les leçons tirées des échecs du passé.

Nous exprimons notre désaccord total avec les propos inquisitoriaux de nos partenaires du F.p.o.c, particulièrement ceux de l’A.r.d qui, au lieu de débattre sereinement avec les autres, des avancées et des ratés du rendez-vous d’Ewo, s’érigent plutôt en censeurs et en donneurs de leçons oppositionnelles.
Que visent, donc, de telles méthodes dans une organisation où le débat au niveau des organes est ouvert, si ce n’est pas la plus belle manière d’accélérer l’éclatement d’une  coalition déjà minée et affaiblie par la nature hétéroclite de ses composantes?
Pour notre parti, le Pad, la non-violence et le dialogue pour le règlement de tout différend avec nos adversaires politiques au pouvoir, sont des principes cardinaux. C’est donc fort de ces principes réaffirmés dans les textes fondamentaux adoptés aux Etat généraux de l’opposition, en février 2009, que le Pad a librement adhéré, comme membre fondateur, au F.p.o.c, dont l’objectif initial était l’exigence, par la concertation, des élections libres, transparentes et équitables au Congo.
Le rappel des faits ci-après démontre, suffisamment, que les propos accusateurs de certains partenaires du F.p.o.c contre ceux ayant accepté le rendez-vous d’Ewo, ouvrent un faux débat, au regard de la position prise unanimement par notre coalition, face à la concertation convoquée par le même gouvernement Sassou, en mars 2009.
En effet, pour relever le défi posé par le pouvoir, en invitant unilatéralement l’opposition à une concertation à la veille de l’élection présidentielle de juillet 2009, tous les partis membres du F.p.o.c avaient accepté d’y prendre part, dans l’espoir de faire aboutir quelques unes de nos exigences consignées dans nos cahiers de charge, sans pourtant nous faire d’illusion sur les chances d’aboutir à un compromis.
D’ailleurs à l’époque, le F.p.o.c avait reçu le soutien du président de la République Française, Nicolas Sarkozy, qui, de passage à Brazzaville début mars 2009, avait reçu en audience une forte délégation du Front, pour encourager l’opposition congolaise à aller à la concertation avec le pouvoir, sans attitude «maximaliste».
Autrement dit, le président Sarkozy appelait les leaders du F.p.o.c à rechercher le compromis avec le pouvoir, en vue d’une élection apaisée. En quoi donc le contexte de la concertation d’Ewo, en décembre 2011, a-t-il changé de celui de mars 2009 où le président Sarkozy a donné ce sage conseil à l’opposition congolaise représentée par le F.p.o.c?
Faudrait-il rappeler que si en mars 2009, les faucons du pouvoir n’avaient pas fait preuve d’intolérance et de mépris en opposant un refus catégorique à la proposition de Mme Mambou Aimée Gnali à la vice-présidence des débats, tous les partis membres du F.p.o.c auraient participé à la concertation sans aucune garantie sur la prise en compte, par le gouvernement, des exigences de l’opposition?
Comment comprendre que les mêmes partis politiques membres du F.p.o.c, qui étaient disposés à participer, sans garantie de résultats, à la concertation de mars 2009 à Brazzaville, fustigent sans débattre avec eux, ceux de leurs partenaires ayant honoré le rendez-vous de décembre 2011 à Ewo, convoqué dans les mêmes conditions d’improvisation par le même gouvernement?
Certes, le pouvoir incarné par le président Sassou-Nguesso depuis octobre 1997, est demeuré sourd aux appels réitérés des forces d’opposition sur l’organisation d’une véritable concertation politique, en vue d’un large consensus sur le processus électoral dans notre pays.
Mais, à quel moment ou à quelle occasion l’opposition peut-elle parler face-à-face avec les tenants du pouvoir, si chaque opportunité de dialogue offerte par le gouvernement, si mimine soit-elle, est systématique rejetée ou considérée comme un piège par certains leaders frileux, qui considèrent tout contact avec le pouvoir comme un péché de lèse majesté, alors qu’ils n’ont pas toujours été des modèles, ni de constance, ni de droiture dans leurs pratiques politiques passées?
La preuve de cette assertion nous est donnée à travers des prises de position politiques souvent opportunistes de ces leaders, au gré des circonstances et de leurs ambitions personnelles, au détriment de l’unité d’action des forces de changement.
En effet, faudrait-il rappeler qu’en mars 2009, alors qu’à l’unanimité, tous les membres du F.p.o.c avaient décidé de boycotter la concertation du palais des congrès dont les conclusions devaient baliser le processus qui devait assurer une victoire dès le premier tour au candidat du P.c.t, six leaders membres du Front avaient pourtant confirmé et maintenu leurs candidatures à l’élection présidentielle? Il s’agit notamment de Poungui pour l’U.pa.d.s, Kinfoussia pour l’U.r.d-Mwinda, Dzon pour l’U.p.r.n, Mierassa pour le P.s.d.c, Mizidy pour le M.i.s et Nguitukulu pour le Congrès du peuple?
Alors que les tenants du pouvoir, déterminés à faire réélire, dès le premier tour, leur candidat, n’avaient bougé d’aucun iota sur les exigences de l’opposition, faudrait-il rappeler que non seulement les candidats membres du F.p.o.c sont restés en compétition jusqu’a la date du scrutin du 12 juillet 2009, mais surtout ont battu campagne, en clamant haut et fort dans les meetings, que: «Si les conditions d’une élection libre et transparente ne sont pas réunies, il n’y aura de scrutin ni pour l’opposition, ni pour le pouvoir»?
Et pourtant, ce slogan audacieux et mobilisateur n’a pas empêché la Conel et la Cour constitutionnelle de proclamer, à près de 80%, la victoire, dès le premier tour, du candidat Sassou-Nguesso, malgré l’abstention massive à ce scrutin, à plus de 90%, du peuple congolais déboussolé et résigné.
Notre parti, le Pad, convaincu qu’avec l’échec de la concertation pouvoir/opposition du palais des congrès, la réélection de Monsieur Sassou-Nguesso était, désormais, assuré à l’avance, s’était abstenu, en toute logique, de présenter un candidat, alors qu’il ne lui manquait pas de personnalités susceptibles de prétendre à cette compétition pour la magistrature suprême.
Contrairement à l’attitude de ceux de nos partenaires qui pourfendent, aujourd’hui, les partis ayant fait le déplacement d’Ewo, le Pad s’était plutôt montré solidaire des candidats du F.p.o.c en 2009, en participant à tous leurs meetings, jusqu’à la marche pacifique du 15 juillet qui avait mis en danger, avec ses pairs, la vie du notre président, le général Emmanuel Ngouelondele-Mongo, face à la garde républicaine qui avait ouvert le feu à balles réelles sur les manifestants.
Aux deux dernières conventions du F.p.o.c, tous les partis membres avaient adopté le principe d’aller aux élections législatives de 2012, quelles que soient les conditions. Comment expliquer, aujourd’hui, l’arrogance et la virulence des propos de nos  partenaires de l’A.r.d contre les participants à la concertation d’Ewo, alors qu’un débat serein au niveau des organes responsables du F.p.o.c aurait permis de saisir l’opportunité du dialogue ouvert entre l’opposition et le pouvoir, pour amorcer, en 2012, une approche menant progressivement la classe politique congolaise, discréditée auprès de l’opinion nationale, vers quelques convergences indispensables pour l’avenir de la démocratie dans notre pays?
Malheureusement, et nous le soulignons sans ambages, le faux débat ouvert sur la participation de cinq partis membres du F.p.o.c à la concertation d’Ewo, est l’arbre qui cache la forêt, car depuis les élections démocratiques de 1992 ayant porté au pouvoir l’U.pa.d.s et le président Pascal Lissouba, le processus démocratique engagé par la Conférence nationale souveraine en 1991 dans notre pays, souffre de l’incurie des coalitions politiques d’opposition, trop souvent fondées sur des alliances contre-nature, sans convergence sur les principes.
Cette assertion peut se vérifier à travers les aventures sans lendemain des alliances aussi hétéroclites que contre-nature de l’U.r.d, des F.d.u, du M.u.r, de l’Opposition plurielle, de la Codesa, du Code «A», de l’A.n.r et de l’A.r.d dans sa formule initiale, qui n’ont fait que conduire, dans l’impasse, le processus démocratique engagé par la Conférence nationale souveraine en 1991.
L’histoire retiendra que tous ces cartels politiques d’opposition, dont certains ont activement participé aux guerres civiles récurrentes qui ont meurtri notre pays, n’ont été que de véritables salles d’attente où plusieurs personnalités de nos élites nationales, vivant très mal la perte des privilèges du pouvoir, attendent d’être rappelées à la table du festin.
Eh oui, dans notre pays, la misère des cadres, l’opportunisme des intellectuels, le clientélisme et la corruption érigés en méthode de gouvernement, ont transformé l’Etat  en général, et le trésor public en particulier, en un gâteau dont le président de la République détient l’exclusivité du pouvoir de distribution. Le renoncement de soi et l’allégeance au pouvoir que l’on a décrié à l’opposition, étant le prix à payer pour accéder à la table du festin.
C’est cette politique du ventre qui explique toutes les convulsions et les déchirements qui font des coalitions politiques d’opposition, au Congo, de simples espaces de recrutement, en vue du renforcement et de la pérennisation du pouvoir.
Regardez comment les faucons du pouvoir Lissouba, qui avaient empêché ce dernier d’aller à Libreville en septembre 1997 pour conclure un accord de paix avec le président Sassou-Nguesso, se sont précipités, tels des enfants prodigues, pour rejoindre la maison mère, le P.c.t, abandonnant à sa seule famille, l’ancien président de la République contraint à l’exile jusqu’à son amnistie récente.
A l’instar des coalitions d’opposition qui l’ont précédé, le F.p.o.c n’a pas fait exception par la nature hétéroclite des membres qui le composent et surtout par leur comportement calculateur.
Parce qu’en dehors de la plateforme sur l’exigence d’une élection libre, transparente et équitable, les partis membres du F.p.o.c ne s’accordent sur rien. Chaque leader a adhéré à ce cartel politique, en conservant toutes les marges de manœuvre que lui confère son autonomie, chacun avec son agenda caché, sa ligne et sa stratégie politique.
Pendant que le pouvoir s’obstine à distinguer, au sein des forces d’opposition, des modérés d’un côté et des radiaux de l’autre, l’A.r.d au sein du F.p.o.c s’attribue le label de «vraie opposition», contre les autres partenaires suspectés en permanence d’intelligence avec Mpila, et considérés comme de faux opposants. Comment donc bâtir la confiance et l’unité d’action dans une coalition politique où règne un climat malsain  entre des leaders plus préoccupés par leurs ambitions personnelles, que par la recherche d’une véritable dynamique d’union des forces favorables au changement?
En tous cas, notre parti, le Pad, n’acceptera jamais au sein du F.p.o.c, un partenariat politique non fondé sur la considération, la confiance mutuelles, et ne tolèrera davantage des leçons d’étique oppositionnelles de la part de certains leaders qui, avant de s’opposer avec virulence au président Sassou:
- ont activement contribué en 1997, à le ramener au pouvoir par les armes, au terme de l’une des guerres civiles la plus longue et la plus meurtrière  de notre histoire;
- ont cautionné le coup d’Etat par l’abrogation de la constitution consensuelle du 12 mars 1992, initiée pour la  Conférence nationale souveraine, pour imposer à la place celle du 20 janvier 2002 taillée sur mesure;
- ont enfin, participé à la mise en place et à la gestion au plus haut niveau, du système politique actuel, qui a amplifié, dans notre pays, la gabegie financière, la corruption, la paupérisation du peuple et la faillite dans tous les domaines vitaux au plan économique, social et humain.
Un adage dit que «seuls les morts et les imbéciles ne changent pas», mais lorsqu’on reconnait avoir changé, surtout le choix politique en quittant les délices du pouvoir pour rejoindre le camp de l’opposition, l’étique et le bon sens voudraient que l’arrogance et le mépris des autres cèdent la place à l’humilité, la modestie et la considération de ceux qui vous ont précédé dans ce dur combat.
C’est pourquoi, le faux débat alimenté au sein du F.p.o.c par les non participants à la concertation d’Ewo, n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder les contradictions internes au sein de ce cartel, qui porte les germes de la division depuis sa création. Car, comme dans toutes les coalitions d’opposition précédentes n’ayant jamais survécu à leurs contradictions internes, au F.p.o.c, chaque leader est venu avec l’intention cachée de se servir de l’autre comme marche-pied. D’où le climat emprunt de suspicions des uns contre les autres, ainsi que les invectives qui caractérisent les débats au niveau des instances.
En conclusion, la direction politique du Pad, au nom duquel nous nous exprimons dans la présente réflexion, déplore qu’une fois de plus, le F.p.o.c n’ait pas été capable de faire la différence avec les coalitions politiques précédentes, qui ont discrédité toute la classe politique congolaise où la triste réalité, depuis la restauration de la démocratie en 1992, est que: «On est démocrate quand on est à l’opposition, mais dictateur, voire tyran, dès l’instant qu’on accède au pouvoir, même par les urnes».
C’est justement ce paradoxe de la pratique politique des élites congolaises qui a reconduit notre beau pays dans l’impasse actuelle, après les espoirs suscités en 1992, par le passage réussi, sans violence, du monopartisme  au multipartisme.
Le pouvoir actuel, incarné depuis le 15  octobre 1997, par le président Denis Sassou-Nguesso, aurait tord de se délecter ou de chercher à tirer un quelconque bénéfice de la situation d’impasse démocratique qu’il a délibérément créée, par l’atomisation du paysage politique et l’instauration du clientélisme, de la corruption, de l’achat des consciences, de la politique du ventre, de la prime à l’allégeance comme seuls critères d’ascension politique et de soumission au pouvoir des élites affamées.
Les mêmes méthodes utilisées à la perfection, parfois avec cynisme sous d’autres cieux, n’ont engendré que révolution, violence et désordre. La classe politique congolaise, responsable solidairement de l’impasse actuelle, devrait se ressaisir. Notre peuple, à qui la classe politique actuelle a déjà servi le pire des drames pour un pays, c’est-à-dire une décennie de  trois guerres civiles meurtrières, a-t-il besoin d’autres épreuves?
Pour le Pad, il est encore possible, en tirant définitivement les leçons des drames passés dont les blessures saignent encore, que notre pays retrouve, par le dialogue et la concertation, le chemin de l’unité et la concorde nationales, de la paix et de la stabilité, de la reconstruction et du développement, tel que balisé en 1992 par la Conférence nationale souveraine.

Jean-Félix DEMBA-NTELO
Ancien Ministre,
Premier Vice-Président du PAD

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