Mgr Bienvenu Manamika Bafouakouahou : quelles attentes à combler dans l’archidiocèse ?

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En date du 18 avril 2020, en plein confinement à cause de la pandémie du Covid-19, le Nonce  apostolique au Congo-Brazzaville et au Gabon, Mgr Francisco Escalante Molina, a informé la communauté chrétienne, en particulier de l’archidiocèse de Brazzaville, de la nomination de Mgr Bienvenu Manamika Bafouakouahou, évêque de Dolisie, comme archevêque coadjuteur; ceci en présence de Mgr Anatole Milandou, archevêque métropolitain de Brazzaville, des abbés: Antonio Mabiala, Brice Ibombo, respectivement, secrétaires de l’Association des conférences épiscopales de la région de l’Afrique centrale  (ACERAC) et de la Conférence des évêques du Congo, de quelques prêtres de la curie diocésaine et des amis de la presse dans la salle polyvalente de la résidence épiscopale.

Une nomination qui intervient, comme il est de tradition (contrairement à ceux qui font sauter les verrous des textes constitutionnels pour se maintenir au pouvoir), en vue de la succession en temps opportun de l’actuel archevêque et de donner ainsi un nouveau pasteur à l’Eglise, conformément au Droit universel de l’Eglise catholique latine  (Can. 401).

S’il est vrai que même les changements les plus souhaités ont toujours leur mélancolie, il n’en demeure pas moins vrai que l’on s’interroge sur ce que pourrait apporter le successeur de Mgr Anatole Milandou; et sans pour autant se limiter sur la dernière crise qui a dévoilé sur la place publique un climat de méfiance entre clercs, mais sur l’ensemble du travail pastoral qu’aura réalisé l’actuel archevêque encore en poste. Des dossiers et/ou projets inachevés, permettre le retour d’un climat de fraternité… en quoi consistera la priorité du nouveau coadjuteur? Quelles orientations prendront les sillons de ses réflexions pastorales?

1. Quel «héritage»
pour le nouvel archevêque coadjuteur?
Avec près d’une cinquantaine de paroisses aujourd’hui, à coup sûr, Mgr Bienvenu Manamika Bafouakouahou bénéficiera, entre autres en capital humain, d’un clergé jeune dont l’âge varie entre 30 et 55 ans; et même si nombreux sont sortis du pays pour des raisons pastorales (beaucoup plus comme fidei donum, occasionnant une carence en spécialisation), n’empêche que certains ont pu combiner études et pastorale avec un esprit de sacrifice.
Après avoir accumulé les charges de curé, vicaire judiciaire, vicaire général de Kinkala, professeur de Droit Canon au Grand séminaire de théologie Cardinal Emile Biayenda, évêque de Dolisie (ordination épiscopale le 25 août 2013), en même temps, évêque chargé des séminaires et donc de la formation des prêtres, «ambassadeur» de la jeunesse congolaise au dernier synode sur la jeunesse à Rome (du 3 au 28 octobre 2018), président du Conseil d’administration de l’hôtel de l’ACERAC, Mgr Manamika a l’avantage de ne pas avoir une vision étriquée des réalités ecclésiales du Congo, encore moins de sa nouvelle charge comme archevêque coadjuteur de Brazzaville.
Nous osons croire tout simplement que sur indications et conseils de son prédécesseur, et sur la base du rapport des deux vicaires généraux nommés récemment pour une durée de deux ans avec des missions spécifiques, Mgr Bienvenu Manamika Bafouakouahou cherchera, non pas à rattraper un retard quelconque sur quoique ce soit, mais plutôt à convoquer une Assemblée diocésaine à défaut d’un synode, pour écouter les attentes de son nouveau clergé (et pourquoi pas quelques fidèles laïcs issus des Conseils pastoraux), avant de procéder aux nouvelles nominations et d’élaborer par la suite son plan d’action pastoral.
Sans prétendre dresser une liste exhaustive, parmi les dossiers les plus importants on peut citer: la béatification du cardinal Emile Biayenda, la maison de retraite des prêtres, l’autofinancement du diocèse, l’évaluation du patrimoine diocésain, les contrats de location, l’assurance maladie des prêtres… il s’agit des dossiers pour lesquels le clergé, à défaut d’en avoir une information partielle, cherchera à en avoir le cœur net avec l’arrivée du nouveau coadjuteur.
Une autre situation non négligeable sur laquelle le nouvel archevêque ne devrait pas fermer les yeux, est celle des incartades de certains clercs ou s’identifiant comme tels, véhiculées dans les réseaux sociaux, et qui avaient été à la base de la lettre pastorale de Mgr Anatole Milandou sous forme de cri de cœur pour l’ensemble du clergé de Brazzaville: «La paix pour mon peuple et ses fidèles» (Ps 84, 9), et rendue publique dans La Semaine Africaine du 3 janvier 2020, p.11; question de remettre les pendules à l’heure pour les besoins de la cause.
Parlant justement de la face cachée des réseaux sociaux, le futur métropolitain a déjà envoyé des signaux en rappelant la discipline ecclésiastique dans ses canons: 220, 1370 à 1399; et que les auteurs anonymes, aux dires de Mgr Bienvenu, «sont pour la plupart sous le coup d’une sanction depuis qu’ils utilisent des moyens inappropriés pour badigeonner malicieusement» (Cf. La Semaine Africaine du 23 avril 2020, p. 8).

2. Nettoyage des écuries d’Augias?
C’est un secret de polichinelle: avec le départ à la retraite de l’actuel archevêque (à 75 ans accomplis le 18 novembre 2021), il se fera sentir de facto la nécessité d’un renouvellement des figures dans les charges et institutions de la curie diocésaine. Par le fait même, le conseil de l’évêque cessera ses fonctions. Il appartiendra au nouvel archevêque de nommer de nouvelles personnes à ces charges et de faire procéder au renouvellement des conseils. Resteront de droit en fonction le chancelier, pour dresser des actes administratifs, ainsi que l’économe diocésain, car la vie matérielle du diocèse doit continuer.
Il serait donc illusoire de vouloir penser à un nettoyage systématique de la curie diocésaine lorsque les faits sont établis comme tels; en effet, il reviendra au coadjuteur, et à lui seul de confirmer l’un ou l’autre dans sa charge.
Toutefois, pour n’avoir pas eu le temps de bien vivre les festivités Pascales cette année du fait du Covid-19, le peuple de Dieu de Brazzaville et les amis de tout bord en profiteront, j’ose croire, pour rendre un dernier vibrant hommage à Mgr Anatole Milandou pour ses 20 ans de ministère apostolique comme métropolitain de Brazzaville (depuis le 23 janvier 2001, date de sa nomination, et depuis le dimanche 1er avril 2001, date de sa prise de possession canonique du siège métropolitain de Brazzaville) au cours de sa «dernière» Pâques qu’il célébrerait dans la cathédrale Sacré -Cœur, avant de passer le témoin à son successeur à une date encore à déterminer.

3. Avant toute chose:
la fraternité sacerdotale
L’une des maximes du poète satirique, Juvénal, cet auteur latin de la fin du1er siècle nous enseigne: «Mens sana in corpore sano», qui se traduit littéralement par un «esprit sain dans un corps saint» pourrait être le premier exercice auquel chacun devrait s’adonner pour redorer le «blason» du corps diocésain terni par les «appétits» égoïstes du pouvoir ainsi que par la course aux paroisses de grande taille, occasionnant par le fait même une division des prêtres en équipes pastorales de série «A» et «B», comme si le Christ qui nous appelle à sa mission était divisé.
L’apôtre saint Paul se trouvant en situation de divisions et de scandales avant nous devant les communautés de son temps ne manqua pas de rappeler: «je vous en prie, frères, (…), j’entends par là que chacun de vous dit : Moi, je suis à Paul… moi, à Apollos... Serait-ce Paul qui a été crucifié pour vous?» (1 Cor 1, 10-13). En prévision de ces divisions, le Christ lui-même n’hésita pas de supplier son Père pour l’unité de ses disciples à travers sa prière sacerdotale consignée chez l’évangéliste Jean en ces termes: «Ainsi parla Jésus. Puis il leva les yeux au ciel et dit: Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie (…). Désormais, je ne suis plus dans le monde; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes» (Jn 17, 1s).
On se souviendra d’ailleurs, lors de sa messe d’intronisation (le 26 août 2013) comme nouvel évêque de Dolisie, Mgr Bienvenu Manamika Bafouakouahou commentant cette péricope johannique, notamment l’appel à l’unité, en fît son «cheval de Troie», non pas pour conquérir le cœur du clergé de Dolisie, mais beaucoup plus pour rappeler aux uns et aux autres que nous sommes appelés à être des témoins crédibles de ce que nous annonçons et en même temps «condamnés» à nous aimer dans cette fraternité sacerdotale que nous formons (et cela vaut pour tout chrétien, ami du Christ Cf. Can. 209) au nom de Celui qui a versé son sang pour notre Salut: Jésus-Christ, le Fils de Dieu.
Dans son intervention dans l’ouvrage publié avec le Cardinal Sarah et qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive, le Pape émérite nous rappelle que: «Ce qu’il y a de fondamental dans le sacerdoce, c’est une situation similaire à celle du Lévite, ne disposant pas d’une terre, mais projeté en Dieu (…). Sans le renoncement aux biens matériels, il ne saurait y avoir de sacerdoce. L’appel à suivre Jésus n’est pas possible sans ce signe de liberté et de renoncement à tous les compromis» (Cf. BENOIT XVI, Cardinal R. SARAH, Des profondeurs de nos cœurs, Paris, Fayard, 2020, p. 54).
D’ici quelques mois, appelé à prendre les «rênes» de l’archidiocèse de Brazzaville, il serait plus que louable pour notre futur pasteur, de reconsidérer l’esprit avec lequel il a donné le ton à Dolisie, pour que tombent les masques de nos misères et tout ce qui empoisonne notre fraternité sacerdotale. Ce faisant, nous réussirons à coup sûr, après le rite d’obédience, à avancer au large, non pas avec le Droit canon, mais tous dans un esprit renouvelé et les mains levées, pour invoquer la Miséricorde de Dieu sur nos pauvres personnes appelées à agir in persona Christi pour le Salut des âmes (Cf. Can. 1752).
En conclusion de ce bref aperçu sur le «scanner» de Mgr Bienvenu Manamika Bafouakouahou, nouvel archevêque coadjuteur de Brazzaville, sur la joie et les défis qui l’attendent dans sa nouvelle charge, et en attendant le son des cloches qui annonceront la prise de possession canonique de son siège, qu’il me soit permis de dire: Excellence soyez le Bienvenu!

Eric Béranger N’SONDE
Prêtre en mission pastorale en Italie