Réflexion : Erection des provinces ecclésiastiques au Congo-Brazzaville: défis et perspectives pour une évangélisation plus efficace et agissante

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La restructuration récente du paysage ecclésial congolais en provinces ecclésiastiques est un acte prophétique de taille à prendre au sérieux. Cette érection des provinces est un appel du Saint-Esprit qui nous fait percevoir les enjeux de la proximité géographique de nos diocèses et les aspirations pastorales nouvelles. Désormais, la mission évangélisatrice au Congo se trouve devant un tournant décisif qui impose des nouvelles manières de collaboration pastorale, des perspectives missionnaires plus transversales et des orientations pastorales plus intégratives.

 

Dans ces conditions, comment percevoir les avantages pastoraux des provinces ecclésiastiques? Quelles sont les tentations à vaincre à tout prix pour plus de vitalité pastorale? Quel visage donné à notre tâche d’évangélisation aujourd’hui? Quelles sont les interpellations, les attentes et défis de nos provinces ecclésiastiques?

1. Les provinces ecclésiastiques comme lieux de synergie pastorale
Le canon 431 du code de droit canonique de 1983 donne la base juridique qui traduit visiblement le but et la mission essentielle d’une province ecclésiastique en ces termes: «pour promouvoir l’action pastorale commune à divers diocèses voisins, selon les circonstances de personnes et de lieux, et pour mieux favoriser les relations mutuelles entre Evêques diocésains, les Eglises particulières voisinent seront regroupées en provinces ecclésiastiques circonscrites sur un territoire donné». En effet, la province ecclésiastique favorise une meilleure coopération missionnaire sur les projets pastoraux, rend efficace la proximité géographique et renforce la fraternité, la complémentarité et la communion entre diocèses. A voir de plus près, une province ecclésiastique est un laboratoire d’idées et de visions pastorales où la pauvreté des moyens et les difficultés de la mission suscitent une forte imagination pastorale positive en vue d’un nouveau dynamisme.
Il est important de noter que si l’Eglise dans sa pédagogie évangélisatrice érige les provinces ecclésiastiques, c’est une marque de reconnaissance des avantages et des similarités liés à ce regroupement des diocèses voisins. Ainsi, les provinces ecclésiastiques présentent généralement quatre avantages principaux à savoir: l’avantage géographique, l’avantage culturel, l’avantage linguistique, l’avantage humain. L’avantage géographique exprime l’idée selon laquelle la proximité des diocèses est une richesse à valoriser pour une vie pastorale plus féconde (la proximité devient une valeur pastorale); l’avantage culturel est lié à l’unité des coutumes, de nos traditions locales (la culture devient un vecteur au service de l’évangélisation); l’avantage linguistique est lié à l’unité des langues de nos provinces: lingala, kituba, lari… (Donc pas de mission sans langue); l’avantage humain est lié aux ressources humaines de nos provinces: Evêques, prêtres, religieux et laïcs, car chacun à son niveau de responsabilité devrait apporter sa contribution pour la vie de la province (le potentiel humain est une richesse vitale).
Il devient clair qu’une province ecclésiastique est une puissance pastorale au regard de sa mission et ses avantages-défis. Ainsi, les précieux avantages de nos provinces ecclésiastiques révèlent les défis suivants: l’harmonisation de la pratique liturgique dans l’air géographique de la province; la formation des canonistes, la création des tribunaux ecclésiastiques provinciaux pour mieux appliquer la justice en vue de régler les conflits, les échecs matrimoniaux, actes scandaleux, abus de pouvoir, les actions blessant la foi et la charité; l’érection des séminaires provinciaux; l’élaboration des orientations pastorales communes, définir les cadres d’actions et les priorités pastorales provinciales; création de la coordination provinciale des écoles, création de l’assemblée provinciale des Evêques et des supérieurs majeurs, l’harmonisation des programmes de la catéchèse incluant la fibre culturelle de nos provinces, la création des centres de formation sur la liturgie, la santé et la famille dans les provinces; la réorganisation du ministère des chants, encourager à partir d’une vision d’ensemble la formation et responsabilisation du laïcat; la création d’un réseau de télécommunication pastorale provinciale (la radiotélévision et les réseaux sociaux provinciaux pour mieux communiquer); ériger des stratégies pastorales de revitalisation de nos communautés chrétiennes sans prêtre; renforcer la confiance des catéchistes, définir le profil des prêtres selon les réalités des provinces; produire les guides de vie pastorale pour les prêtres de la province, encourager la formation qualifiante des prêtres provinciaux; prêter une attention soutenue aux vocations, créer les nouvelles expériences de fraternité chrétienne dans les provinces ecclésiastiques…

2. Des nouvelles provinces pour une nouvelle évangélisation plus agissante
L’érection de ces provinces inaugure une nouvelle ère évangélisatrice qui aiguise notre sens de synodalité ecclésiale. Depuis le jour de l’annonce officielle de cette subdivision ecclésiale par le Nonce Apostolique, c’est la voix du Seigneur qui redit à l’Eglise du Congo cette parole prophétique: «voici, je fais toute chose nouvelle» (Ap 21,5). Donc, nous ne pouvons plus évangéliser dans une sorte de pastorale isolée, mais c’est l’heure de la nouveauté évangélique collaborante. La subdivision de notre vie ecclésiale en provinces est une sérieuse interpellation qui bouscule nos schèmes pastoraux et appelle les nouveaux paradigmes plus persuasifs et performants. Dorénavant, notre évangélisation est appelée à être un programme de vie, d’action et d’engagement commun en vue des Eglises provinciales plus prophétiques. Il serait mieux que chaque province développe une culture spirituelle qui laisse place à la créativité pastorale, liturgique et catéchétique.
L’évangélisation agissante est celle qui vise une transmission plus réussie du dépôt de la foi. Cela exige donc, la construction d’un nouveau langage pastoral simplificateur favorisant une bonne compréhension de la Parole de Dieu par nos fidèles. Par ailleurs, l’évangélisation agissante est aussi celle qui considère nos similarités culturelles provinciales (langues, coutumes, histoire…) comme des vecteurs poussant très loin le javelot de la vie pastorale de nos provinces. On comprend clairement que cette nouvelle évangélisation serait creuse et ruineuse si elle reste répétitive et tournante, elle est conviée plutôt à inventer les nouvelles manières de croire, de célébrer et de vivre la Parole du Christ-Sauveur.

3. Les tentations à vaincre pour une vitalité pastorale dans nos provinces
Si l’érection des provinces se révèle un acte prophétique pour notre Eglise congolaise, cependant un chapelet de tentations multi-facettes peut ruiner la coopération pastorale et vider notre sens de témoignage chrétien. C’est dans ce contexte que nous comprenions la déclaration musclée du Nonce Apostolique lors de l’annonce officielle de cette restructuration ecclésiale: «La nouvelle restructuration de l’Eglise du Congo n’est pas le résultat de calculs ou intérêts conflictuels, de régionalisme ou de désirs personnels, mais a pour seule et unique motivation la pastorale des fidèles…». Voici brièvement quelques tentations à vaincre comme notre Seigneur Jésus-Christ au désert en vue d’apporter plus de vitalité pastorale dans nos provinces: la tentation permanente de sombrer dans le tribalisme et le régionalisme: le tribalisme est une ‘’maladie’’ dangereuse contre laquelle les fidèles du Christ sont invités à tourner définitivement le dos. La morsure du tribalisme ronge et décime notre société congolaise dans son ensemble. Ainsi, la subdivision de notre Eglise en provinces n’est pas un acte de survalorisation du tribalisme, mais un souci profondément pastoral. Le spectre du tribalisme comme élément diviseur peut niveler notre Eglise vers le bas. La répartition en province ecclésiastique est un moment favorable pour bannir le tribalisme sous toutes ses formes, car dans le tribalisme, ce qui est supposé être une richesse à développer et à partager pour tous est pervertit pour servir les intérêts de quelques-uns. Au fond, cette tentation tribale nous guette tous en Eglise et constitue une délinquance intérieure qui nuit au sacré projet de fraternité du peuple de Dieu. Suite à la création des provinces, chacun devrait se situer, c’est-à-dire savoir s’il est acteur de la coopération pastorale ou un complice au service des intérêts tribaux. Car en Jésus il n’y a ni juif, ni grec, ni païen. (Ga 3, 28). Une Eglise tribale est une Eglise très faible.
Par ailleurs, le tribalisme dégrade le tissu de l’unité ecclésiale et nuit à la promotion des valeurs d’ouverture, d’hospitalité, d’acceptation de la différence et de collaboration pastorale. Il installe le goût amer de la méfiance, de la suspicion et de l’insécurité. Plus grave encore, le tribalisme, lorsqu’il est entretenu au sein de l’Eglise, détruit nos options pastorales préférentielles, offusque le climat fraternel, fragilise le dynamise ecclésial et constitue un contre témoignage dans une province ecclésiastique. Que le mystère de l’incarnation du Christ nous aide à faire tomber les barrières du tribalisme pour que nous soyons sel et lumière de la terre dans nos provinces ecclésiastiques (Mt 5,13). Ainsi, pour que la tentation du tribalisme disparaisse au sein des enfants de Dieu, nous proposons trois voies à savoir: la voie constitutionnelle qui consiste à renforcer le pouvoir de nos structures pastorales provinciales grâce aux textes juridiques communs et lier le pouvoir des agents pastoraux sur les textes juridiques communs. Cela éviterait de surélever le pourvoir des agents pastoraux; la voie géopolitique consiste à bien repartir les structures pastorales et les nominations au niveau de la province. Il s’agit ici d’éviter de ne concentrer les institutions pastorales d’ensemble que dans un diocèse; la voie évangélique consistant à changer notre regard sur les autres, ne voir les autres que sur la base de la collaboration missionnaire et non sur la base ethnique. C’est la voie de la dignité humaine et du respect de l’homme.
Comme autres tentations à vaincre dans nos provinces ecclésiastiques, il y a le sentiment des Eglises sous-tutelles. Nous sommes invités à développer une pensée positive et croire en nos capacités et nos compétences; la tentation de l’insignifiance qui est un poison contre l’engagement et la créativité tout en rendant en panne la synergie pastorale provinciale; la tentation de la soif du pouvoir. Il serait mieux de voir le pouvoir comme service et non comme domination dans une province.

4. Le rayonnement pastoral de nos provinces: une responsabilité de tous
Faire vivre nos provinces ecclésiastiques est une œuvre délicate et exigeante qui appelle la collaboration de tout le peuple de Dieu. Ce qui veut dire, que le dynamise missionnaire de nos provinces n’est pas une œuvre réservée à une classe de fidèles, il est mieux de mutualiser et conjuguer les efforts communs. Chacun selon sa responsabilité est invité à donner à la Parole de Dieu un visage plus signifiant et démystifié. Le génie créateur, les charismes et talents de chacun seront une contribution de taille au dynamisme pastoral. A cet effet, nous sommes invités à exclure le relativisme qui est un tombeau de la vie pastorale, car nos provinces ecclésiastiques sont de vastes chantiers pastoraux qui sollicitent de nombreux ouvriers en vue de travailler, d’ajuster, d’imaginer, de préciser les projets pastoraux d’ensemble en vue des directives évangélisatrices concrètes et des orientations d’actions missionnaires attrayantes. Pour que ce rayonnement devienne réalité, formons des cerveaux pastoraux collectifs et des organes techniques de la pastorale dans chaque province ecclésiastique pour l’efficacité de la mission, la gloire de l’Eglise universelle et l’avènement d’une Eglise-nation où chaque personne a sa place et sa dignité d’enfant de Dieu. Ainsi, dans la joie de l’érection des provinces ecclésiastiques, prions et méditons, car ensemble, unis nous ferons de bonnes choses pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Abbé Lys MOKOKO
Prêtre du Diocèse de Ouesso

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